The pleasure derived from repeated conquests and infidelity spoils the subject's encounter with the cause of his desire. In this sense, Don Juanism is a symptom, on the hysterical and obsessive side, and not a structural masculine behavior.
Le séducteur hystérique et l’acte performatif
Pour le séducteur hystérique aussi, le désir est en panne, et la séduction est un parfait compromis entre l’acte et sa négation. L’hystérique désire et rejette au lieu de désirer et jouir : la séduction (suivie nécessairement par la fuite) est l’expression privilégiée de ces deux moments inconciliables. Le désir de l’hystérique se maintient grâce à la dérobade ; mais ce désir insatisfait n’est pas le désir inconscient, désir qui est cause et n’a rien à voir avec la privation de l’objet : dans l’hystérie, ce n’est que la force pulsionnelle qui est en action, qui rate son but et qui se met en boucle.
Le problème de l’hystérique est : comment désirer tout en échappant à son propre désir ? Pour pouvoir jouer son jeu – désirer et se dérober à la fois – avec une femme, le séducteur hystérique est obligé de promettre : je te téléphone, je t’invite à sortir, je t’invite à dîner, on part ensemble, on fait telle chose ou telle autre ensemble, je t’aime, je te veux, etc. La promesse prend valeur d’acte dans la séduction, car elle représente un moment où le désir du séducteur pour une femme s’exprime, il « se met en acte ». Pour le séducteur hystérique, tout acte est déjà dans le dire, la parole est un acte : à ses yeux, sa promesse est une phrase performative. Le philosophe analytique Austin, dans Quand dire, c’est faire , explique qu’il y a des propositions à la première personne singulière de l’indicatif présent, voix active, qui ne sont ni vraies ni fausses, dont l’énonciation correspond à l’exécution d’une action. Par exemple, lors de la cérémonie du mariage le « Oui » de chaque époux est un acte performatif, car il s’agit d’un énoncé qui produit une action, en l’occurrence il contribue à produire le mariage. La phrase performative, dans les circonstances appropriées, ne cherche pas à décrire ou promettre quelque chose, elle le fait
Dans le cas du séducteur, la phrase « Je te veux », prononcée par exemple avant un départ dans un contexte d’effusion amoureuse, est un acte performatif, mais seulement pour le séducteur : il croit à son désir au point d’y voir un acte. L’acte est toujours l’expression d’un désir et dans les mots du séducteur il y a du désir (je me réfère exclusivement aux cas où il y a un contexte favorable à la production du désir, et je n’analyserai pas les cas de tricherie « pure », avec de toutes autres implications que le désir de séduire une femme).
Le désir du séducteur hystérique s’exprime à travers une parole qui ne correspond à aucune action : le performatif du séducteur échoue. Son acte n’est pas un acte aux yeux de l’autre, le séducteur est un « charlatan ». Son prétendu acte se boucle et s’effondre dans l’énoncé « Je te veux ». Cette phrase contient le désir et sa négation : le faux performatif peut devenir un symptôme hystérique.
La promesse du séducteur nomme son désir, mais l’exclut en tant que sujet. Le performatif est privé du sujet puisque dans l’acte langagier du séducteur, désir et sujet se chassent mutuellement : il n’y a pas de performatif parce qu’il n’y a pas de sujet. Le séducteur hystérique ne sait pas s’il est en train de tromper l’autre ou de se tromper lui-même (car il est en train de tromper son désir) : le désir est perdu, laissé à la dérive, annulé dès qu’il se manifeste à travers sa parole. Parole qui perd tout pouvoir de symbolisation, qui ne dit rien : si dire c’est faire, c’est aussi non-faire, au sens où, pour l’hystérique, c’est déjà fait, et il n’en fera pas plus, puisque tout le faire est dans le dire.
La puissance de la parole faussement performative du séducteur est toute dans le présent de l’indicatif à la première personne : déploiement infini d’un pur présent, où le futur représente la garantie de son échec. Le destin de la parole du séducteur est son autoeffacement : impuissance d’un désir qui veut se nier et qui condamne la parole à une réitération douloureuse, insatisfaisante, infinie, sans oublier que chaque répétition perd en force par rapport à la première.
Le séducteur hystérique se dérobe à la vérité de son désir, il défend son « faux performatif » contre le « constatif », pour le dire avec les termes de la philosophie analytique : ses promesses s’estompent et la rencontre avec son désir (avec la femme cause du désir est laissée aux caprices du destin. Encore une fois, désir et sujet marchent sur des voies séparées.
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